L         A        U        R        E

surma

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Mes relations avec la forêt et la Pologne sont historiques. Le nom Surma est celui de mes grands-parents polonais. Après avoir énoncé de façon générique pour mes dessins «air», «terre», «mer», je reviens sans cesse à la terre, l'humus, la vie, la mort, la forêt. Ainsi,

« Ma grand-mère polonaise, lorsqu'elle était enfant, traversait un bois de la forêt de Czestochowa pour aller travailler chez une famille bourgeoise. Je me souviens de ses récits de peurs lorsqu'elle parcourait ces lieux : peurs du bruit du vent dans les branches, peurs du cri des animaux, peurs qu'elle s'inventait dans cette fraiche obscurité. Cette forêt lui paraissait toute puissante, effrayante. Elle ressentait, pourtant non sans plaisir, «faire corps» avec cette forêt qui lui paraisait effrayante.

Mon grand-père polonais, traversait, lui aussi, régulièrement, les forêts proches de son village Zakopane. Un jour, et je n'ai jamais su pourquoi, lui est venu le besoin de s'enfuir en quittant son village et sa famille. La forêt devint son refuge, sa cachette, sa complice, sa «bienveillance», celle qui sût le protéger. Après d'haletantes péripéties, mon grand-père arrive en France, travaille dans une carrière de pierres dans la forêt de Carnelle, rencontre ma grand-mère, ma mère nait dans cette forêt. Pour mes grands-parents, ma mère, la forêt, devient un véritable «puits de vie».

En dessinant ces arbres, ces sous-bois, j'accompagne inlassablement ma famille dans ces lieux, de la Pologne, au Val d'Oise. Dans mes dessins, je retrouve de façon indicible leur présence, leur regard, leur sensibilité. J'ai l'impression d'entendre leur histoire, celle de ma grand-mère enfant, celle de mon grand-père adolescent, le récit de la naissance de ma mère. Ainsi les arbres des forêts, «géants bienveillants», regardent passer les vies. »

Laure Surma
Décembre 2024



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